- La route goudronnée culmine à 2802 mètres : elle constitue la voie de circulation la plus élevée du territoire français.
- Le défi physique comporte trois étapes distinctes : la pente s’accentue progressivement pour atteindre 15 % au kilomètre final.
- La gestion physiologique s’impose face au manque d’oxygène : une préparation logistique rigoureuse garantit alors la pleine sécurité de tous les cyclistes sportifs aguerris.
L’ascension de la cime de la Bonette au départ de Jausiers constitue l’un des pèlerinages les plus prestigieux pour tout cycliste amateur ou professionnel circulant dans les Alpes françaises. Ce géant de Provence, situé au cœur du Parc national du Mercantour, n’est pas seulement une route de liaison entre la vallée de l’Ubaye et celle de la Tinée ; c’est un monument de goudron qui s’élève vers le ciel, flirtant avec les nuages à une altitude où l’air se raréfie. Entreprendre cette montée, c’est accepter un contrat de souffrance et de merveilleux qui dure généralement entre deux et trois heures pour les grimpeurs les plus aguerris.
Un cadre géographique et historique d’exception
Le village de Jausiers, point de départ de cette aventure, est situé à environ 1213 mètres d’altitude. C’est une bourgade paisible, marquée par l’histoire des émigrants partis au Mexique, dont les villas monumentales bordent encore les rues. Dès que l’on quitte le centre du village en direction du sud, le ton est donné. La route s’élève immédiatement, s’extirpant de la vallée pour s’engouffrer dans le vallon du Restefond. Historiquement, cette route a bénéficié de l’impulsion du général de Gaulle dans les années 1960, qui souhaitait faire de cette voie le point de passage routier le plus élevé d’Europe, bien que ce titre soit techniquement disputé par d’autres cols espagnols ou autrichiens. Néanmoins, avec la boucle sommitale de la cime atteignant 2802 mètres, la Bonette reste sans conteste la plus haute route goudronnée de France.
Le découpage technique de l’ascension kilomètre par kilomètre
La montée peut être découpée en trois phases distinctes, chacune possédant son propre caractère et ses propres difficultés. Les six premiers kilomètres permettent de se mettre en jambe, bien que la pente flirte déjà avec les 6 ou 7 %. La route s’élève au-dessus de Jausiers à travers des prairies verdoyantes. On traverse quelques hameaux isolés où le silence commence à s’installer. À ce stade, la gestion cardiaque est primordiale ; il ne faut pas se laisser griser par la fraîcheur relative du départ.
La deuxième phase, située entre le kilomètre 7 et le kilomètre 18, représente le corps de la bataille. Ici, la pente devient d’une régularité métronomique, oscillant sans cesse entre 7 et 9 %. Le paysage change radicalement. La forêt disparaît pour laisser place à un univers minéral et alpin. On passe à proximité des anciennes casernes militaires de Restefond, vestiges de la ligne Maginot alpine. Ces bâtiments de pierre grise, souvent en ruine, ajoutent une dimension dramatique au parcours. À partir de 2000 mètres d’altitude, le vent commence souvent à souffler, changeant de direction au gré des lacets, devenant tantôt un allié, tantôt un adversaire invisible ralentissant la progression.
La phase finale est celle de l’héroïsme. Une fois arrivé au faux plat du col de la Bonette (2715 mètres), le cycliste fait face au défi ultime : la boucle de la cime. Cette route additionnelle d’un kilomètre contourne le sommet pour atteindre les 2802 mètres. Ici, la pente se redresse brutalement pour atteindre 10 à 12 %, voire 15 % dans les derniers mètres. À cette altitude, chaque coup de pédale est un combat contre l’asphyxie. L’effort devient purement mental.
| Tronçon de la montée | Distance partielle | Difficulté ressentie |
| Sortie de Jausiers – Pont de la Draye | 6 km | Modérée – Échauffement |
| Pont de la Draye – Casernes de Restefond | 12 km | Soutenue – Endurance pure |
| Casernes – Col de la Bonette | 5 km | Difficile – Impact de l’altitude |
| Boucle finale de la Cime | 1 km | Extrême – Pourcentage maximal |
La physiologie de l’effort en haute altitude
L’un des facteurs les plus sous-estimés par les cyclistes est l’impact de l’altitude sur l’organisme. Au sommet de la Bonette, la pression partielle d’oxygène est réduite d’environ 25 % par rapport au niveau de la mer. Cela signifie que pour un même effort, le cœur doit battre plus vite et les poumons doivent ventiler davantage. Thomas, un habitué des cols alpins, témoigne souvent que les cinq derniers kilomètres sont les plus éprouvants, non pas à cause de la pente, mais à cause de cette sensation d’étouffement permanent. Il est conseillé de s’hydrater abondamment, car l’air d’altitude est très sec, ce qui accélère la déshydratation sans que le sportif ne s’en aperçoive par la sudation.
Préparation logistique et équipement indispensable
Réussir l’ascension de la Bonette ne s’improvise pas sur un coup de tête. La météo est le premier facteur de succès ou d’échec. Même en plein mois de juillet, il n’est pas rare de voir des températures proches de zéro au sommet ou de subir des averses de grésil. Les cyclistes doivent impérativement emporter avec eux des vêtements thermiques et un coupe-vent de qualité pour la descente. Descendre 24 kilomètres à 50 km/h après avoir transpiré pendant deux heures peut mener à une hypothermie rapide si l’on n’est pas protégé.
Côté mécanique, le choix des braquets est crucial. Pour un cycliste de niveau moyen, un pédalier compact (50×34) associé à une cassette 11-32 ou 11-34 est fortement recommandé. Vouloir monter en force sur de tels pourcentages et une telle durée conduit inévitablement à des crampes musculaires avant d’atteindre les zones sommitales.
- Alimentation : Consommez une barre énergétique ou un gel toutes les 45 minutes pour éviter la fringale.
- Hydratation : Prévoyez deux bidons de 750 ml, un avec de l’eau claire et l’autre avec une boisson isotonique.
- Sécurité : Vérifiez l’état de vos patins ou plaquettes de freins avant le départ, la descente est longue et technique.
- Visibilité : Un éclairage arrière est conseillé, car les nuages peuvent réduire la visibilité brusquement.
L’arrivée au sommet : une récompense panoramique
Une fois les derniers mètres franchis et le vélo posé contre la stèle marquant l’altitude de 2802 mètres, la fatigue s’efface devant la majesté du spectacle. Par temps clair, la vue s’étend sur l’ensemble des Alpes du Sud, permettant parfois d’apercevoir le massif de l’Oisans au nord et, selon certains récits, les reflets de la mer Méditerranée au sud. C’est un moment de contemplation pure où le cycliste réalise l’ampleur de l’effort accompli. La descente vers Jausiers demande ensuite une concentration extrême. Les virages sont nombreux et certains précipices sont impressionnants. La route est large, mais le revêtement peut être dégradé par les cycles de gel et dégel, nécessitant une trajectoire précise.
En conclusion, la Bonette depuis Jausiers est bien plus qu’une simple performance sportive. C’est une immersion totale dans la haute montagne alpine, un test d’endurance physique et une leçon d’humilité face aux éléments. Que l’on cherche à battre son record personnel ou simplement à atteindre le sommet pour la première fois, ce col reste gravé dans la mémoire de chaque cycliste comme l’une des expériences les plus intenses de sa vie de sportif.